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J'ai un conseil à vous donner : "Ne nettoyez pas le cagibi et épargnez vous du triste sort de Josiane". Vous vous en doutez, vous ? Tenez, écoutez ce qui suit.

 

Un jour de mai, quatre heures de l'après midi, Josiane descend du bus, baladeur aux oreilles, écoutant et chantant avec Alain Chanfort "Rendez-vous au Paradis". Ce paradis, pour Josiane, ce ne sera qu'un décor. La voilà dans un paysage bucolique, orné d'arbres de toutes espèces et quelques villas parsemées ici et là, en avance d'une petite heure, son contrat dans son sac, elle espère - pour tout bonheur de la journée - un travail ! Josiane découvre une bâtisse austère et structurée. Quoi de plus normal pour un bureau d'architecture célèbre ! Quelle belle façade mais son côté jardin et son cagibi, ça c'est une autre histoire. Après vingt minutes de marche autour de cette entreprise, elle est prête à mettre à disposition tous ses atouts, son expérience et son énergie.


Réception dans le bureau de la secrétaire de direction, Madame Duchemain, dame à allure autoritaire et juste, petits compliments de bienvenue sont emballés avec politesse et retenue. Josiane ressent que cette femme est humaine, honnête et d'une bonté angélique. Bon fond, elle ne causerait du tort à personne, même pas à une mouche. Le travail de Josiane certes pour l'instant statut intérimaire sera majoré d'un contrat mi-temps à durée indéterminée. Vient Cocchitta, la personne que Josiane vient remplacer, ce n'est pas cette Cocchitta dont on chante les vertus mais celle qui rend un trousseau de clés pour son dernier jour, l'âme en peine, sourire factice. Elle regarde Josiane avec une indifférence à la limite du dédain et lui dit sur un air de bonhomie enrobé d'une gentillesse et contraire au non dit. « Je dois quitter cette place à regret : tout le monde est sympa ... L'ambiance de travail est bonne». Josiane est perplexe, la parole de son interlocutrice ne reflète pas la vérité encore moins la réalité. A ce moment précis, Josiane n'a pas le temps pour comprendre les traits de la psychologie humaine. Le devoir, elle se préoccupe avec dynamisme des tâches futures.


Carine entre en scène. Savez vous de quelle femme je veux parler ? De celle qui cache des gros bâtons et des crapuleries derrière leurs grands sourires. Avec des allures d'institutrice, la nouvelle maîtresse Carine avec ses airs de patronne donne des ordres et explique ses attentes. D'un pas décidé, dans les dédales de cette immense bâtisse, elle emmène Josiane dans la pièce où tout le personnel peut déposer sac, baladeur, téléphone portable et affaires personnelles dans une armoire fermée avec un cadenas. Josiane enfile son tablier vert pomme à rayures orné d'une poche kangourou. Munies d'un caddie à seaux, torchons, produits d'entretien, sachets poubelle, les deux femmes démarrent le périple du nettoyage général. Un coup de tornade blanche, propreté après leurs passages, rendez-vous au paradis, un relent de chanson ponctue les mouvements de Josiane. Sa nouvelle camarade lui explique avec détermination et autorité le travail à réaliser, les horaires de la maison, les dispositions géographiques dans ce labyrinthe de bureaux. Cette femme aux allures sportives encore fraîche dégage une sorte d'intelligence. Ces recommandations sont claires et franches. Et la première journée de Josiane s'achève dans la fatigue. Carine l'honore de sa voiture pour la déposer à un endroit où les bus sont plus accessibles. Gentillesse, gentillesse, décidément cette collègue mérite le détour.


La deuxième journée de travail se pointe, calcul avec les horaires, stratégies déployées pour ne pas arriver en retard, périples avec le bus, balade dans les sous-bois avant l'heure fatidique. Les deux femmes se retrouvent à nouveau dans ce vestiaire. Des armoires en métal alignées en carré forme un petit cagibi dans cette immense pièce. Cette disposition permet de préserver l'intimité pour revêtir tous les costumes, de ville et de travail. Cette soirée là, Josiane s'applique à refaire les gestes qui sauvent ce sol des saletés. De temps en temps, la nouvelle collègue vient examiner la qualité de son travail et redéfinit les tâches. Dans les bureaux alignés dans un sens strict, quelques architectes travaillent encore. L'espace à nettoyer parsemé de rouleaux de plans, de bureaux empilés à la queue leu leu demande beaucoup de déplacements. Carine swingue avec son balai à mouchetons ou la raclette dans la partie droite de la salle et Josiane fait du rock and roll avec les mêmes instruments dans l'autre partie. Les deux fées du nettoyage se sont regroupées pour astiquer les lieux d'aisance. Josiane mouille son tablier dans tous les sens du terme. Carine insiste sur la méthode de travail et la bonne application de celle-ci. Une demi heure avant la pause, Carine donne l'ordre à Josiane d'aller nettoyer seule la cuisine équipée tout près de l'entrée principale et des bureaux de la direction. Sur les lieux, ses cinq premières minutes, Josiane ouvre toutes les armoires et réfléchit pour ne pas faire deux fois le même mouvement et augmenter son efficacité. Munie d'un seau, elle assume le rôle de "fée du logis", vide les poubelles, la jaune, la bleue, les papiers. Elle range la vaisselle dans le lave-vaisselle, range les tasses, assiettes propres dans les armoires, nettoie l'évier en inox. Un peu de jugeote, un peu de technicité, Josiane le frotte comme si c'était chez elle. Après cette bataille contre la saleté et la satisfaction du travail bien fait, elle s'offre à raison une pause petit biscuit et boisson. Josiane trempée de sueur, d'un pas décidé se repère et arrive, non sans difficulté, deux étages plus bas dans le vestiaire. Elle s'annonce avec le bruit des pas et puis entend la voix de Carine :

- Ne viens pas ici, c'est pas l'heure.

Josiane tape sur son portable comme sur une montre pour remonter le mécanisme, relit l'heure affichée et tenaillée par la soif et la faim décide d'outrepasser l'ordre. Quelle ne fut pas sa surprise de voir débouler un surfeur très grand, bouclé, beau garçon. Cet homme prend la direction de la sortie, un peu empressé, un peu gêné, il marmonne entre les dents un bonsoir de confusion à Josiane. Carine d'un mouvement des deux mains, repasse son tablier, remet de l'ordre dans sa chevelure. Josiane préoccupée de mettre la main sur la clé du cadenas, confuse d'avoir perturbé leurs habitudes, ouvre son armoire. La bouteille d'eau et sa petite galette enrobée de granulées de sucre la soulage. Carine lui fait la remarque

- Quand je dis il faut pas entrer, il faut pas entrer !

Josiane se tient un discours à l'intérieur « Je viens de me taper deux heures de travail harassant, j'ai soif et j'ai faim. Et puis pourquoi insiste-t-elle pour que je ne sois pas à cet endroit ? Et puis, j'ai droit à une pause. ». « Désolée » dit Josiane à haute voix. Carine sort de la pièce comme une furie. L'ambiance entre les deux femmes après la pause devient plus tendue. Carine sort des remarques, des injonctions plus amères et plus fermes. La soirée de travail s'achève. Carine ne sait pas ramener sa collègue aujourd'hui, ce n'est pas son chemin. Josiane équipée de son walkman, rendez-vous au paradis, attend trois quarts heure son bus. Le lendemain, l'agence d'intérim annonce à Josiane, une mauvaise nouvelle. Avec délicatesse, l'employée lui annonce que Carine s'est plaint de la mauvaise qualité de son travail. Josiane réceptionne la décision et prend l'initiative de se rendre directement à l'agence pour expliquer son point de vue, dire la vraie raison de cette brutale rupture de ce contrat précaire. Mais sa démarche semble vaine : dans le monde du travail et les agences d'intérims, les patrons sont rois... Josiane a découvert le deuxième jour de son travail que sa collègue entretient une liaison extra-conjugale avec un architecte ou un employé. Pauvre Josiane, elle ne pouvait pas savoir que le zèle au travail n'est pas l'essentiel, par expérience, elle comprend que Tahiti se cache parfois dans le cagibi ....

Véronique Dubois

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