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Le grand-père de Josiane s'est éteint une belle journée de printemps. Toute sa famille rassemblée se décompose dans leurs souvenirs d'une famille unie. Ils doivent vendre la maison familiale. Josiane, décidée de ne pas laisser cette bâtisse garnie tant de souvenirs à une mégère qui a épousé mon frère plus âgé. Huguette, sa belle-soeur, se coiffe d'une choucroute à l'ancienne, sa fille a le privilège d'être ornée de cette même garniture. Fières et arrogantes, ces chipies ont énoncées le prénom de Josiane pendant une dizaine de minutes dans toutes les pièces de la maison. Elles sont arrêtées par une remarque austère et autoritaire de leur tante Odette. Ce clan attroupé autour de la table de la salle à manger, Robert, le frère aîné de Josiane, étriqué dans son costume bleu marine lisse son pantalon pour prendre les poussières. Pensif, il réfléchit et réunit toutes ses idées pour mieux prendre des décision dans le futur immédiat. En face de lui, en rang d'oignon, les deux choucroutes se plongent par intermittence dans la pile de feuilles à trier. La tante Odette, en tablier range la vaisselle dans des boîtes en carton. Josiane, depuis ce décès, un voile de tristesse se dépose sur toute sa personne. Ils attendent la venue de leurs cousins Philippe et de sa femme Irène. Tous ensemble, ils devront prendre une décision pour les papiers d'assurance, ceux du notaire et  régler les frais d'enterrement et de réception. Dans l'attente, Josiane arpente avec courage dans ce grenier poussiéreux où un rayon de soleil limpide tranche en deux cet vaste espace en bois.

Un petit coffret en chêne se délasse dans le coin de cette pièce, l'ouverture forcée ravive le souvenir de son aïeul. Un cahier décousu sur le tranchant, des cartes postales de Liège couleurs pastels alourdissent le contenu de la boîte. Elle souffle la poussière, les bouts de ses doigts s'engraissent d'une fine couche grise. Elle prend un mouchoir humidifié de larmes de peine et ce cahier reprend des allures de jeunesse. Une feuille se détache de cet ensemble. Elle débarrasse tous les objets hétéroclites du siège à bascule. Elle penche sa tête pour accentuer le mouvement oscillatoire du fauteuil et elle vacille  au rythme d'un mécanisme de pendule. Cette feuille remplie de l'écriture de son grand-père l'émeut. Son écriture à la plume, claire et hachurée à la fois. Ses émotions voyageaient de l'écriture délicate à la vision de ces photographies anciennes de cette ville ardente. Elle décide de lire à haute voix, bercée par le timbre de son papy jeune, éclairée par ce faisceau solaire. Le manuscrit date du début du siècle, mars 1913 exactement.

«  - Liège, le dimanche matin, le quai de la Batte offre un aspect pittoresque. Une fourmilière en pleine activité ne saurait mieux dépeindre ce tableau. Une foule houleuse se presse, se bouscule devant une infinité d'échoppes et d'étals en plein air, ou bien fait cercle autour de quelques chanteurs qui au son d'accordéon poussif hurlent des chansons à la mode. D'autres personnes encore, se groupent pour admirer la soit disant force herculéenne d'un lutteur, qui soulève des poids effrayants ou se délivre de formidables chaînes dans lequel on l'a ligoté. Décrire chaque marchandise qui débite les échoppes, serait impossible, mais en jetant, un coup d'oeil général, nous remarquons les débits de cirage, où le marchand affairé démontre le lustre de son produit sur le pied d'un badaud, les marchands de savon, qui vous vendent du « vrai Marseille » ou du vrai « Sunslish » sur toute confiance. Les vendeurs de lacets, de vêtements, de vélos, et milles autres pacotilles telle que peignes, jupes, broches, cigares, bagues, rasoirs, lacets, ou porcelaines.

Pourtant, une marchandise curieuse mérite d'être vue. C'est le long du quai qu'elle trouve sa préférence. Sur une immense toile jetée à même le sol, s'étale aux yeux des passants curieux, un multitude de vieilles ferrailles. Là, on trouve le symbole de tous les métiers, têtes de marteau, bêches sans manche, râteaux édentés, faux ébréchées, roues de vélo, et tant autres objets hétéroclites, le tout à moitié couverts de rouille. Et les badauds sont là, soupesant ceci, retournant cela, examinant des engrenages ou des vieilles pièces de vélo. Tandis que le vendeur assis, sur une caisse, faisant l'article de l'un ou l'autre, ou montrant telle ou telle vieillerie comme un collectionneur de choses rares. Au bout de la batte, se trouve deux oiselleries, là aussi le spectacle est curieux. La façade n'est qu'une immense volière divisée en cloisons où s'ébattent un petit monde d'oiseaux privés de liberté. Il y en a de tout les pays, de toutes les couleurs, de toutes les grosseurs, du plus gros perroquet jusqu'au plus petits bergalis. Un gazouillis intense assourdi le visiteur à l'intérieur du magasin transformé en volière grandiose. Devant la porte, sont alignés des tables sur lesquels l'on voit des aquariums remplis de poissons rouges, dorés et de petites tortures d'eau douce. Là aussi la foule est intense, car tous les regards des amateurs de colombophilie, un grand choix de pigeons étalent leurs ramages. Et la foule déambule et s'entrecroise sa teinte compacte. Elle contraste ses couleurs avec le vide creusé par la venue imposante du tramway et elle se reconstitue après son passage. Les habits clairs d'été se conjuguent aux couleurs passées usées et indéfinissables des toiles des échoppes. Tranchant fortement, des Turcs, chéchias sur les oreilles déploient des tapis aux yeux des promeneurs, et au milieu de la foule, un grand nègre habillé de blanc, débite du sucre du Congo.

Sur tout ce monde, plane un brouhaha intense pareille à un grondement latent percutant où l'on perçoit les cris des marchands qui font le boniment. La joie et l'allégresse qui se déroule sur la Batte font honneur aux Liégeois, car ils montrent le prix qu'ils attachent à leurs vieilles traditions. »

Une description littéraire imposée par un maître d'école ponctue les vieilles photographies de cette ville intense. Le courage refait surface et Josiane contre vent et marée, liquide cette succession. L'argent récolté lui permettra d'acheter un appartement le long de cette longue avenue dédiée aux commerces ambulants. D'un pas plus allègre, elle rejoint la table de négociation.

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